Journal Fleuri

Fleurise Dépices #1: L'indécision

Lorsque l’été approche, mes pensées deviennent de plus en plus embourbées — chose que je ne comprends pas forcément comment est-elle possible, puisqu'une pensée ne peut pas s’embourber. La laine, oui. Les fils aussi. Mais bon, cette fois je dois rester droit dans mon but et non pas dévier comme j’ai souvent tendance à faire. Du coup, j’accepte l’expression telle qu’elle est et je passe à autre chose.

Dans les prochains jours, je dois enfin décider si je participe à un voyage collectif, lequel j’ai gagné à une course d’escargots. D’ailleurs, je me demande encore comment j’ai fait pour remporter le premier prix! Quand j’ai posé mon escargot sur la ligne de départ, Crème-Brûlée a tout à coup fuit et disparu. Comme j’ai dû courir après lui, il m’était impossible de donner des instructions à Gilbert (l’escargot) pour le conduire pendant la course. (Une règle majeure dans ces courses c'est d’avoir les yeux attachés. Ce qui veut dire que le participant est non pas un mais deux — un candidat fait la course et l’autre le guide).

Si je savais que j’allais courir autant à cause de mon chat, j’aurais au moins porté mes grandes lunettes pour mouche (et pas que), en évitant de recevoir tellement d’insectes sur la figure. Je crois même que j’en ai avalé quelques-uns, parce que quand je suis rentrée à la maison j’ai entendu pendant un certain moment un bruit d’ailes, mais je n’ai vu aucune preuve.

Une fois que j’ai retrouvé le chat coquin près du lac, je me suis posée pour respirer de nouveau, car j’ai une tendance à retenir mon souffle quand je suis en situation de détresse. Les gens me disent que ce n’est pas très diplomatique de faire ceci parce que je pourrais m’étouffer, et je crois qu’ils ont raison.

Cependant, le soleil descendait doucement et un vent doux se baladait entre Crème-Brûlée et moi. J’ai décidé que c’était une belle occasion de flotter dans l’eau — heureusement je porte toujours un maillot de bain à une pièce avec des tortues, car nous ne savons jamais. Comme ça, si une tortue me repère, elle se sentira moins étrange envers moi.

Ensuite, je me suis couchée sur l’herbe et je me suis endormie, en ayant complètement négligé pourquoi j’étais sortie au tout départ. Trois heures plus tard, quand il faisait bien nuit, le cri des hiboux m’a brusquement réveillé.

Soudainement, j’ai senti que j’oubliais quelque chose de très important, mais je ne pouvais pas me souvenir de quoi il s’agissait. Par chance, j’avais mon sac-à-dos avec moi et j’ai cherché dedans pour une réponse. Mon calendrier de mur était vide — je ne l’utilise jamais pour marquer des événements, mais j’aime bien regarder les images. Mon cahier de petites notes spontanées n’a rien révélé non plus. Quand en un instant, Et oui ! J'ai dit passionnément. Les biscuits ! Entre ci et ça, je n’avais pas goûté — chose que je ne manque jamais.

En mâchant les galettes aux raisins mouillés, (des raisins très humides, contrairement à ceux qui sont secs, que je cultive depuis quelques mois. Ce n’est pas difficile à entretenir. Apparemment, il s’agit juste de garder les raisins au contact de l'eau en permanence. C’est vrai que les biscuits étaient assez moelleux, voire pâteux, mais le livre de jardinage a précisé cette façon de cultiver… En même temps, il est écrit en roumain, donc il y a forte chance que je n’ai pas tout compris puisque je ne parle pas cette langue) j’ai pris le chemin du retour vers chez moi.

Une fois arrivée devant ma porte, je me suis aperçue d’une fiche collée dessus, avec un dessin d’un trophée sous forme de champignon. J'ai soudain commencé à soupçonner la dame agaric[que], celle qui porte une robe rouge et chante toute la journée : Mes pois blancs, mes pois blancs, je les trimbale avec joie ! Contre à cette idée, un voyage m’était offert, après avoir remporté la course d'escargots. Ah ! Gilbert ! J'ai grincé.

Effectivement, il avait réussi sans moi, pendant que je dormais, il y a forte chance. Maintenant je me trouve à devoir décider si j’accepte ce cadeau, en prenant compte que c’est une croisière et que je n’ai jamais voyagé sur la mer. Gilbert non plus. (On ira ensemble, bien sûr, si cela s’effectue.) Ça doit être un périple assez mouillé quand même. Comme mes raisins…